Le monde est une plateforme solide. Tout est calculé, tout est posé en rang sur ton bureau, au millimètre prés. Le crayon bleu toujours à droite du stylo rouge. Le clavier est propre, jamais souillé par des miettes de Pringels sour cream and onion, la poussière savament suprimée grace à un plumeau magique à 30¤ au téléachat. Une plante verte à coté de l'ecran. La photo habituelle, avec la pose habituelle de la femme habituelle, exposée comme une preuve. Tout est bien, et rien ne vient gâcher le moteur ronflant du travail bien fait. On avance, on avance, on avance. Et d'un coup, une coulée chaude vient envahir une narine. Une goutte de liquide rouge tombe sur le bois laqué du bureau. Imcomprehension. Tu touche ton nez. Tu saigne. Le temps s'arrêtte : l'espace d'un dixième de seconde le train du progrés freine. L'espace d'un dixième de seconde, tout ce qui était sûr, tout ce qui coulait de source, tout ce qui comptais disparais. Tu realise que tu saigne, tu realise que tu vis et tu réalise que tu va mourrir. Pendant un dixième de seconde, le monde est une plateforme bancale. Tes pupilles se dilatent, avalent avidement tout ce rouge. Puis fin du tremblement. La piece dans laquelle tu te trouve revient jusqu'à toi. Les mouchoirs, premier tiroir de gauche.
Tu t'essuie consciencieusement, tout va bien. Ce n'était qu'un mauvais rêve.